Le traumatisme de l’agression sexuelle

Version imprimableVersion imprimableEnvoyer à un amiEnvoyer à un ami

On sait qu’une agression sexuelle a des conséquences immédiates comparables à celles d’un choc violent comme une catastrophe naturelle ou un attentat. Les femmes agressées sexuellement disent souvent avoir eu la conviction profonde, à un moment ou à un autre, qu’elles allaient mourir. Le regard de l’agresseur, sa violence, la façon dont il traite la victime (même s’il n’y a pas de brutalité physique) provoquent chez elles une tempête d’émotions, de terreur, une paralysie psychique et parfois physique.

Lors d’agressions sexuelles, le traumatisme est aggravé par le fait que le mal est infligé par un autre être humain (contrairement aux catastrophes naturelles par exemple), en contact direct avec la victime et au mépris de son refus, de son effroi et de sa souffrance. L’acte d’un homme peut détruire la confiance d’une femme : confiance envers les hommes en général et aussi envers elle-même en tant que femme. Il peut déformer gravement sa perception des hommes et de la société, engendrer un profond sentiment d’insécurité, aggravé par le fait de connaître l’auteur. L’agression sexuelle blesse la partie la plus intime de la femme, de son corps comme de son esprit, de sa relation à elle-même et aux autres.

Après une agression sexuelle, on repère généralement trois grandes étapes que nous allons détailler, sachant que chaque personne peut réagir différemment: le choc, le réajustement et l’intégration.

 

L’ETAPE DU CHOC

Il faut savoir qu’au début d’une agression, le système d’alarme d’un être humain fonctionne en libérant une grande quantité d’adrénaline (hormone du stress) dans l’organisme, afin de préparer la personne à la réaction ou à la fuite. Si une réaction de défense est empêchée (par la force, les menaces, les contraintes ou les pressions psychologiques notamment), les signaux d’alerte s’affolent et l’organisme « surchauffe », ce qui provoque une panique et un état de stress extrême, qui se traduit par une sidération (c’est-à-dire une paralysie sensorielle, motrice et/ou de la pensée) plus ou moins grande. Pour éviter ce survoltage de l’organisme, le cerveau déclenche une sorte de court-circuit en produisant de nouvelles hormones, qui ont pour effet de combattre le stress mais qui déconnectent la personne victime de ses ressentis. Ceci peut engendrer des sentiments d’irréalité et d’isolement ainsi que des sensations d’anesthésie, voire de dissociation (comme si la personne devenait spectatrice des événements qu’elle subit). Ces réactions permettent la survie mais elles provoquent des dégâts dans le psychisme en diminuant la capacité de l’organisme à traiter les informations et à les stocker dans la mémoire, au titre de souvenirs, qui peuvent être intégrés à l’évolution de la personne. Le vécu de l’agression reste alors vivace tel quel et se réactive très facilement.

Difficultés à admettre la réalité

« Ce n’est pas possible ». « Ça n’a pas pu m’arriver ». « C’est juste un mauvais rêve ».

Il est possible que sous l’effet du choc de l’agression, la victime passe par toutes sortes d’états qui lui donnent l’impression de vivre hors de la réalité, dans un cauchemar. Ces réactions en chaîne entraînent généralement une sorte d’arrêt psychique, de paralysie, qui l’empêchent de décider et d’agir. Tout est bloqué.

Perte des repères dans l’espace et dans le temps

« Je deviens folle ». « Je crois que je suis folle ». « On me prend pour une folle ».

La personne agressée ne sait plus ce qui s’est passé, où, quand et comment, ce qui est arrivé juste après, quel jour c’était, etc. Tout est embrouillé. Cette confusion est souvent ressentie comme un symptôme de maladie mentale.

Sensation d’être sale, souillée

Le sentiment d’être souillée touche à la fois le corps et l’esprit, il peut provoquer un besoin irrépressible de jeter ses vêtements, de se laver frénétiquement de cette souillure.

Peurs et terreurs

Une emprise puissante réduit ou anéantit la capacité d’autonomie.

L’agression sexuelle, parce qu’elle est une violation de l’intégrité physique et psychique, est souvent vécue comme un danger de mort et est source de terreur.

La peur pousse souvent la personne victime à se taire. Cependant, tout reste fortement ancré dans son esprit (menaces, effroi, violences, odeurs, sons, couleurs, etc.). Le souvenir traumatique resurgira plus tard, soudainement, sous forme d’images intrusives, de « flash-back », de cauchemars.

Autres manifestations

Différents troubles peuvent survenir momentanément : désordres du sommeil, anxiété, irritabilité, agressivité, agitation, état d’alerte, sursauts, transpiration, accès de panique, irruption soudaine d’images de l’agression, ou encore sentiment d’étrangeté, impression de ne plus rien ressentir à l’égard de l’entourage, manque d’attention aux autres, difficultés de concentration, troubles alimentaires, troubles de la sexualité, etc.

Ces réactions sont normales et traduisent le choc de l’agression, c’est la situation vécue qui est anormale.

Auto-culpabilisation

« Si je ne m’étais pas habillée comme cela, si je n’avais pas fait ceci, dit cela. Si, si, si… ».

L’agresseur ne prenant généralement pas la responsabilité de l’agression, projette sa culpabilité sur la victime qui risque de se juger par conséquent elle-même responsable, donc coupable. Elle s’estime à l’origine de tout et va examiner minutieusement ses faits et gestes sous cet angle.

Or, c’est à l’agresseur qu’incombe la responsabilité de ses actes.

Honte

La honte est ressentie par la victime, honte d’avoir été utilisée comme un objet sexuel. Alliée à l’humiliation et à la culpabilité, elle isole et enferme la femme victime, l’incite au repli sur elle-même et au silence.

Tumulte des émotions

Abattement et léthargie ou parfois excitation euphorique d’être encore en vie : le tumulte des émotions compose un mélange détonnant. Elles se contredisent, se juxtaposent, se succèdent brusquement, contribuant à augmenter la confusion.

Vous ne vous reconnaissez plus vous-même, vos proches ne vous comprennent plus. Demander de l’aide vous paraît un effort gigantesque. Mettre des mots sur ce que vous avez vécu pourrait représenter un premier pas pour surmonter le choc de l’agression.

 

L’ETAPE DU REAJUSTEMENT

Une personne agressée sexuellement émerge peu à peu de l’étape du choc, elle éprouve le besoin de s’extraire de tout ce qui relève de cet événement et de reprendre le cours habituel de sa vie. La réalité de l’agression devient moins obsédante.

Les perturbations s’atténuent peu à peu. Ce n’est pas une question de volonté ou de courage. Il faut du temps pour que les blessures cicatrisent.

 

L'ETAPE D’INTEGRATION

Cette phase peut durer de quelques mois à quelques années. C’est l’étape où la personne agressée retrouve un certain équilibre, tout en se reprochant souvent de ne pas être capable de se débarrasser de toutes les séquelles de l’agression.

Des manifestations particulières (comme un sentiment de culpabilité, des cauchemars, des « flash-back », une frayeur intense, etc.) peuvent encore survenir lorsqu’elle repense à l’agression ou que quelque chose la lui rappelle.

La colère se développe également souvent dans cette période, contre l’agresseur ou contre les instances et les personnes qui ne sont pas intervenues adéquatement à la suite de l’événement. Des attitudes ambiguës ou des remarques insidieuses de la part de l’entourage ou des professionnel-le-s suscitent parfois de fortes émotions difficiles à gérer. Les perturbations de la vie sexuelle ne prennent plus les mêmes formes, mais peuvent persister.

Pour celles qui ont entamé des poursuites, le déroulement de la procédure judiciaire, généralement très lent, peut aussi avoir une grande influence sur la réapparition des symptômes, notamment lors des convocations aux audiences ou de la lecture des procès verbaux de celles-ci.

Une aide et un accompagnement dans ce lent processus sont alors fortement conseillés.

Acceptez de vous donner du temps pour traverser cette période de turbulences et cicatriser vos blessures. Et sachez que même après une agression sexuelle, il est possible de retrouver son intégrité et le plaisir de vivre.