Quelques pistes de réflexion

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Pourquoi les violences sexuelles ?

L’origine de ces violences et leur persistance peuvent être longuement débattues. Quoi qu’il en soit, les violences sexuelles ne sont ni une fatalité, ni le fait d’une prétendue «nature masculine». Les causes peuvent être autant sociales que psychologiques.

La socialisation différenciée des garçons et des filles, qui commence très tôt, continue encore à être fondée sur des stéréotypes sexistes. Dès leur plus jeune âge, les enfants intériorisent les stéréotypes concernant le rôle de chaque sexe, ainsi que la répartition des tâches à l’intérieur de la famille et dans la société. Par exemple, on habille les garçons et les filles de façon différenciée et on leur offre des jouets spécifiques. Les petites filles sont, en général, éduquées à être douces, plaisantes, altruistes, dépendantes, passives, tandis que les petits garçons sont encouragés à être actifs, autonomes, conquérants, dominateurs et à imposer leur volonté à autrui. Bien que depuis une dizaine d’années, les lois aient beaucoup changé, les mentalités peinent à le faire. A titre d’exemple, nous pouvons citer les livres pour enfants et les supports éducatifs qui reproduisent encore souvent des clichés sur les rôles traditionnels attendus des hommes et des femmes.

C’est notamment à partir des stéréotypes sexistes que se construisent les rapports de domination qui se retrouvent dans toute la société. D’une certaine manière, ils sont encore aujourd’hui encouragés, tolérés ou banalisés. Les comportements violents des hommes à l’égard des femmes découlent de ces rapports et, par un effet de cercle vicieux, les entretiennent.

C’est au niveau de l’éducation qu’il faut agir pour éliminer les comportements de contrôle des hommes sur les femmes, dans leurs multiples manifestations. Mais l’éducation n’est pas seule en cause.

 

La dévalorisation du féminin est présente dans les représentations sociales.

Les médias (publicité, cinéma, télévision, etc.) dans leur ensemble contribuent fortement au maintien des stéréotypes sexistes en surreprésentant les femmes dans un rôle maternel ou au contraire en hyper-sexualisant leur corps. La pornographie contribue à véhiculer une image des femmes qui les réduit à des objets sexuels consommables et manipulables. Largement diffusée sur internet, elle sert trop souvent de modèle pour les rapports sexuels des adolescent-e-s.

Les professionnel-le-s observent sur le terrain un parallèle entre les agressions sexuelles des garçons sur les filles et celles des hommes sur les femmes.

Ces violences peuvent se manifester par la transmission de matériel pornographique et de photos qui dénigrent l’image des femmes, par des remarques sexistes, des plaisanteries déplacées, et par des agressions sexuelles qui peuvent entraîner des conséquences très graves. Ces agressions qui s’installent entre garçons et filles sont du même ordre que celles présentes dans les relations entre hommes et femmes.

Dans ce contexte, les violences sexuelles ne sont que la pointe de l’iceberg : une manière extrême dont un homme peut exprimer sa volonté de domination et d’humiliation envers les femmes.

Les composantes psychologiques des violences sexuelles sont trop complexes et nombreuses pour être détaillées dans cette brochure. Nous pouvons toutefois souligner que, d’une manière générale, l’usage de la violence d’une personne sur une autre relève d’un rapport d’emprise destructeur, qu’il ait lieu entre personnes de même sexe ou de sexe opposé.

 

Idées reçues… à combattre

Le droit a changé mais les mentalités sexistes persistent ; les idées reçues et les mythes ont la vie dure. Ils ont pour fonction d’excuser ou de justifier l’illégitime et l’inacceptable

  • en culpabilisant les victimes,
  • en déresponsabilisant les agresseurs,
  • en niant ou en faussant la réalité des violences contre les femmes.

 

Exemples d’idées reçues qui culpabilisent les femmes

Idée reçue

Mettre une minijupe ou un string, c’est pousser au viol.

Réalité

Le viol existait bien avant la minijupe ou le string ! Dire que les femmes provoquent le viol par leur habillement ou leur attitude vise à reporter la culpabilité des hommes sur les femmes, et prétendre que le viol est provoqué par une pulsion sexuelle.

Idée reçue

Si une femme sort seule le soir, c’est de sa faute si elle est violée.

Réalité

Cette affirmation tend à réduire l’espace de liberté des femmes et à les contraindre à s’autocensurer en adaptant leurs gestes et comportements aux réactions possibles des hommes. Faute de quoi elles seront jugées coupables.

Le viol est un crime dont l’auteur est encore malheureusement trop souvent considéré comme innocent et la victime coupable

Idée reçue

Les femmes ont des fantasmes de viol. Donc, les femmes aiment être forcées.

Réalité

Même si un fantasme de viol peut exister à l’occasion, il appartient à la personne qui le produit dans son imaginaire. Il n’implique pas un désir de concrétisation et se différencie clairement de la réalité. Le violeur, au contraire, fait irruption dans la réalité de l’autre en niant ses limites et en imposant sa propre volonté.

Idée reçue

Elle a flirté avec lui. Elle l’a provoqué. Elle l’a bien cherché.

Réalité

Les femmes ont, comme les hommes, le droit de séduire, de flirter. Elles ont aussi le droit, comme les hommes, de dire non à tout moment lorsqu’elles veulent arrêter une relation ou mettre une limite à celle-ci afin de préserver leur intégrité. Et ce NON signifie toujours NON !

Idée reçue

Une femme ne peut pas être violée contre sa volonté. Si elle ne s’est pas défendue, c’est donc qu’elle était consentante. Un viol laisse forcément des traces physiques.

Réalité

La femme se soumet par crainte des conséquences ou est paralysée par la terreur et la peur de mourir.

Elle craint généralement, si elle se défend, que l’agresseur devienne plus violent et finisse par la tuer, ce qui explique que la majorité des viols ne laisse pas de traces physiques.

Lors de relations d’emprise, que celle-ci soit psychologique, morale ou économique, la peur est installée depuis longtemps et la contrainte physique n’est souvent plus nécessaire.

Idée reçue

Si une femme a une réaction sexuelle, ce n’est pas un viol.

Réalité

Pendant l’agression sexuelle la victime peut éprouver des sensations, qui sont provoquées par des réactions mécaniques et réflexes de la zone sexuelle. Il s’agit de réactions physiologiques involontaires et non pas d’un plaisir sexuel consenti.

Céder n’est pas consentir

Idée reçue

Seules les femmes « faciles » sont violées ; ces choses-là n’arrivent pas aux « honnêtes femmes ».

Réalité

Toute femme peut être violée, qu’elle soit suissesse ou étrangère, jeune ou âgée, quels que soient son comportement, son habillement, son niveau socio-économique, etc.

Ces préjugés sont construits socialement et enferment les femmes dans des rôles sexuels prédéfinis.

 

Exemples d’idées reçues qui déresponsabilisent les agresseurs

Idée reçue

Un violeur est un psychopathe, un maniaque, un malade, un désaxé, etc.

Réalité

Les agressions sexuelles constituent un phénomène beaucoup trop fréquent pour ne s’expliquer que par la maladie. Les viols par des psychopathes ne représentent qu’une faible proportion de l’ensemble des viols. La majorité des violeurs ne sont pas atteint d’une pathologie psychique.

Idée reçue

L’homme qui commet un viol n’est pas dans son état normal, il est ivre ou drogué. Les hommes violent par misère sexuelle.

Réalité

La plupart des violeurs sont dans un état « normal » au moment des faits, selon les expertises pratiquées. Les violeurs ont souvent, par ailleurs, d’autres relations sexuelles. Le viol s’explique essentiellement par le désir de dominer ou d’humilier l’autre.

Idée reçue

Les hommes sont poussés au viol par des pulsions sexuelles incontrôlables.

Réalité

La majorité des viols est préméditée. Les violeurs choisissent en général le moment, le lieu et la victime en s’assurant qu’il n’y aura pas de témoin. Le viol n’est donc pas commis sous l’effet d’une excitation sexuelle soudaine et incontrôlable. Le sexe est utilisé comme une arme pour asseoir sa domination.

 

Exemples d’idées reçues qui nient ou faussent la réalité des violences contre les femmes

Idée reçue

Les violences contre les femmes sont largement exagérées par les médias et les féministes.

Réalité

Les médias « n’exagèrent pas », ils ont seulement tendance à exploiter les viols qui peuvent présenter des aspects sensationnels. Les féministes « n’exagèrent pas », leur action vise à dénoncer les violences sexuelles et à réhabiliter les femmes qui en sont victimes. Bien que de plus en plus de femmes osent parler, l’ampleur des violences sexuelles contre les femmes n’est pas encore totalement révélée.

Idée reçue

Les femmes sont des menteuses. Elles portent des fausses plaintes, par vengeance, par jalousie, pour détruire un homme.

Réalité

La procédure pénale pour viol est longue et éprouvante, souvent dissuasive. Le mensonge est plutôt à chercher du côté du ou des violeurs qui commencent presque toujours par nier et faire de fausses déclarations. De plus, seulement une minorité des viols donne lieu à une plainte.

Idée reçue

Le violeur est un inconnu.

Réalité

Une grande majorité des agressions sexuelles sont commises par un homme connu de la victime.

Idée reçue

Le viol a lieu dans des endroits isolés, sombres.

Réalité

Les agressions sexuelles ont la plupart du temps lieu dans un endroit familier et clos : voiture, maison privée, vestiaires, toilettes, souvent chez l’agresseur ou chez la victime.

Toutes ces idées reçues sont à combattre car elles déforment la réalité et entraînent bien souvent une augmentation du préjudice subi par les femmes victimes de violences sexuelles.

Si vous entendez ce genre de phrases, de la part de votre entourage ou de la part de professionnel-le-s, n’oubliez pas qu’elles reflètent l’enfermement de ces personnes dans leurs visions préconstruites du monde. Elles sont le reflet des idées reçues encore largement véhiculées par la société, qui favorisent les violences sexuelles et entravent la reconstruction des femmes ayant vécu ces violences.